Michael Moore Capitalisme, Une histoire d’amour

Capitalism : A Love Story se termine par la phrase : « Le Capitalisme est le Mal (« Capitalism is evil »). Et ce mal doit être éliminé. » Puis on entend l’Internationale… Le « Mal » est copieusement illustré : pilotes de ligne payés moins de 20 000 dollars par an qui font appel aux coupons alimentaires de l’aide sociale ; prison privée pour adolescents dont l’un des actionnaires est le juge local ultra-répressif (ce qui lui permet de rentabiliser son placement) ; entreprises comme Wal-Mart ou Bank of America qui souscrivent des assurances vie sur certains de leurs employés dont elles ont calculé qu’ils mourront sans trop tarder. Le nom de la police d’assurance ? Dead Peasant (Paysan mort)… Quand la droite religieuse sacralise le capitalisme sauvage, le réalisateur lui répond en interrogeant le prêtre qui l’a marié : « Comment avons-nous pu supporter ce système aussi longtemps ? »

Mais la plupart des immoralités dénoncées par Moore ne sont pas illégales ; souvent, elles ont même été encouragées par des administrations et par des parlementaires qui y avaient (financièrement) intérêt, un peu comme le juge corrompu évoqué plus haut. Le réalisateur rappelle par exemple que le premier ministre des finances de Ronald Reagan, qui devint ensuite son directeur de cabinet, Donald Regan, avait précédemment été président de Merryl Lynch, où il fit toute sa carrière. Quel rapport ? Tout simplement celui-ci : l’administration Reagan enclencha la baisse des impôts la plus massive de toute l’histoire des Etats-Unis, le taux maximum passant de 70% à 28%. Autant dire que sous la houlette attentionnée de Donald Regan, les actionnaires de Merryl Lynch se retrouvèrent à la noce.

Le conflit d’intérêt est à peine moins caricatural dans les corridors du Congrès. Lors des débats passionnés de l’automne 2008 autour du plan de sauvetage de Wall Street (sous la pression populaire, la Chambre des Représentants refusa dans un premier temps de sauver les banques aux frais des contribuables, avant de se raviser…), un parlementaire de gauche, Dennis Kucinich, houspilla ses collègues : « Est-ce que ceci est le Congrès des Etats-Unis ou le conseil d’administration de Goldman Sachs ? » Un an plus tard, le sénateur démocrate Christopher Dodd, l’ancien ministre des finances de William Clinton, et l’actuel ministre Timothy Geithner, semblent se montrer aussi empressés que les républicains envers les banques.

Mais un an plus tard, c’est Barack Obama, pas George Bush, qui vit à la Maison Blanche. Or, autant le second subit les foudres répétés de Michael Moore – comment ne pas sourire quand on voit, notamment, l’ancien président ânonner après le crash financier : « Le capitalisme est le meilleur système jamais inventé » –, autant le second ne cesse d’être épargné par le réalisateur. Lors de la campagne présidentielle de 2008, le plan de sauvetage des grandes banques fut pourtant soutenu par M. Obama, lequel nomma également M. Geithner ministre des finances. Michael Moore estime-t-il qu’il est encore trop tôt pour porter le fer contre un président qui demeure assez populaire ? L’appréciation politique (et commerciale) peut se défendre, mais elle fragilise la cohérence du film.

Questionné sur ce point par Naomi Klein, Michael Moore admet : « Il[Obama] a promis de faire ce qu’il fallait, mais il n’a pas accompli grand-chose. S’il écoute les Rubin, les Geithner, vous et moi serons perdants. Et des tas de gens qui se sont impliqués, certains pour la première fois, dans la bataille politique ne recommenceront plus. » En matière financière, il est déjà tacquis que M. Obama écoute davantage – c’est une litote – MM. Geithner et Rubin que Naomi Klein et Michael Moore. Néanmoins le réalisateur ignore le découragement : « Je refuse de vivre dans un pays comme celui-ci, mais je ne bouge pas. »

source: monde-diplomatique

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