Réforme du collège et des programmes : les ingrédients pour une explosion en vol du quinquennat Hollande sont-ils réunis ?

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De gauche à droite, les arguments sont opposés, entre aspiration à l’égalitarisme et peur du nivellement par le bas des programmes scolaires. Un grand écart qui empêche tout rassemblement mais qui donne à la droite sa première réelle occasion de mettre à mal la politique du gouvernement.

Les profs marcheront aujourd’hui en masse soutenus, pour une fois, par la France… de droite. 72% de ses sympathisants supportent en effet leur mouvement. Un drôle d’attelage, lancé à vive allure et dont on se demande jusqu’où il ira. En effet, ses derniers jours, la contestation contre le projet de loi sur la réforme des collèges et des programmes ne cesse de prendre de l’ampleur. Et les interventions de Manuel Valls et de François Hollande qui ne cessent de monter au créneau pour défendre une ministre en perdition, n’y changent rien.

La France gronde. De gauche comme de droite. De Mélenchon à Bruno Le Maire. Elle râle et vocifère car, dans cette réforme, personne ne se retrouve, ni la droite qui, comme l’explique le sociologue Jean Viard (lire ci-dessous), se voit attaquée dans ses valeurs, ni la gauche radicale qui, par la voix de Jean-Luc Mélenchon soupçonne le PS d’être en plein délire maoïste : « dans la révolution culturelle de Mao Zedong, on prétendait que le piano était spontanément réactionnaire. Donc voilà que le latin est devenu spontanément réactionnaire. C’est absurde », expliquait hier le patron du parti de gauche. Quant aux profs, toujours prompts à s’émouvoir, ils ne comprennent pas ces textes qui donnent plus de liberté aux chefs d’établissement et les obligent à travailler en pluridisciplinarité.

Droite, gauche de la gauche, syndicats et profs, le mélange était déjà explosif mais se surajoute l’ombre des classes moyennes sidérées de s’entendre dire que les filières vers lesquelles elles orientaient jusqu’alors leurs enfants, enfants qu’elles avaient, souvent par conviction, maintenu dans le public, sont des filières… élitistes. Elitisme ? Parle-t-on de la dernière promotion de l’ENA ? Malheureseuement on. Il est ici question des classes allemand bilangue du collège Evariste Gallois de Sevran, du collège François Dolto à Paris rendu célèbre par un film devenu parlme d’or à Cannes… Elitiste ? On se prend à s’interroger : depuis quand un membre du gouvernement n’a-t-il pas mis les pieds dans une classe de collège public ? Et les classes moyennes, ces classes moyennes qui assurent encore une certaine mixité dans les collèges, s’agacent et pourraient bien, qu’elles soient de droite comme de gauche, venir gonfler les rangs de la contestation. La droite peut-elle espérer ainsi rééditer l’exploit des manifs contre le mariage pour tous ? Comme nous l’expliquent Jérôme Fourquet (lire ci-dessous), directeur du Département opinion publique à l’IFOP, et Jean Viard, directeur de recherche au CNRS au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po), il y a peu de chance car les publics émus par les deux réformes sont bien trop différents pour s’unir et construire ensemble un mouvement d’ampleur, d’autant que les textes mis en cause ne seront pas discutés au parlement. La réforme du collège est, en effet, contenue dans la loi de programmation et de refondation de l’école votée sous Vincent Peillon et sera appliquée par décret. Quant à la réforme des programmes, elle ne dépend pas du ministère mais du Conseil supérieur des programmes et n’a donc pas à être approuvée par le Parlement. Reste que le gouvernement ne peut se permettre un mouvement de masse même s’il ne trouve pas d’écho à l’Assemblée. Les profs sont, en effet, le cœur de son électorat, il devrait donc lâcher du lest. Rapidement. Les syndicats de prof le savent, eux aussi.

Atlantico : La mobilisation contre la réforme du collège rassemble tous les bords politiques : les syndicats de professeurs, les fédérations de parents d’élèves, des personnalités de gauche et la droite la critiquent de plus en plus. Quelles sont leurs revendications ? Qui sont ceux qui se mobilisent le plus ?

Jérôme Fourquet : Cette mobilisation générale de groupes et de corporations qui s’opposent habituellement est le propre de ce type de mouvement et c’est ce qui fait sa dangerosité. Ils critiquent chacun de leur point de vue le texte gouvernemental, parfois pour des raisons opposées. Il y a une mobilisation enseignante, notamment des professeurs du secondaire, au nom des craintes sur la disparition du collège unique et de l’uniformité et de l’homogénéité du traitement qui est réservé aux collégiens français, le principe d’égalité pouvant alors être mis en cause par l’autonomie des établissements. Il y a aussi des voix qui s’élèvent pour la sanctuarisation de certaines disciplines comme l’Allemand et les langues anciennes, qui sont perçus par certains comme étant menacés par la réforme, mais aussi contre la pluridisciplinarité et la transversalité des enseignements. Du côté d’un certain nombre d’intellectuels et de la droite, de l’autre côté du spectre politique, on critique le nivellement par le bas et la suppression des classes bilingues, notamment, au nom de l’égalitarisme.

Les jeunes et les familles sont pour le moment assez peu impliqués. Pourquoi ? Qu’est-ce qui pourrait faire qu’ils se mobilisent ?

Jérôme Fourquet : La jeunesse est prompte à se mobiliser, on l’a vu à des nombreuses reprises. Mais il s’agit presque exclusivement de lycéens et d’étudiants. Les collégiens sont encore trop jeunes pour se lancer dans une mobilisation. En ce qui concerne les parents, ils s’expriment notamment dans les rangs de la droite pour critiquer notamment la refonte des programmes d’Histoire. D’où la grogne des syndicats de parents d’élèves. Il y a à la fois une réforme du collège et leur fonctionnement, avec une plus grande autonomie, mais aussi sur les programmes. Ce qui a pour conséquence la multiplication des critiques.

Est-ce les prémices d’une mobilisation générale contre le gouvernement ? Est-ce une potentielle nouvelle « Manif pour tous » ?

Jérôme Fourquet : Nous sommes là dans un registre assez différent mais c’est un bon angle d’attaque pour la droite qui, depuis le 11 janvier, peinait à accrocher le gouvernement. Mis à part les critiques récurrentes sur les mauvais résultats économiques et la poursuite de la montée du chômage, il n’y avait plus de critique structurée qui suscitait un réel écho dans l’opinion publique.

Le parallèle que l’on peut faire avec la « Manif pour tous » c’est que sur un sujet de société la droite arrive de nouveau à accrocher la gauche mais la mobilisation n’a pas du tout la même ampleur et surtout la droite était à l’époque à la remorque alors que cette fois un certain nombre de ses leaders sont en pointe, comme Bruno Le Maire avec sa pétition. Aucun collectif comparable à la « Manif pour tous » ne s’est créé.
SOURCE ET LIRE LA SUITE : http://www.atlantico.fr/decryptage/reforme-college-et-programmes-ingredients-pour-explosion-en-vol-quinquennat-hollande-sont-reunis-jerome-fourquet-jean-viard-2148516.html#AuRYkfvkfryllCTE.99

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